De la Manufacture de Mégevand aux ateliers d'aujourd'hui — l'histoire d'une vocation bisontine née à la Révolution.
En France, l'horlogerie naît au Moyen-Âge avec les « arts mécaniques ». Les horloges mécaniques se diffusent durant le XIVe siècle et la profession horlogère suit différents chemins pour se structurer. Si les moines sont les premiers constructeurs d'horloges de clocher, leur succèdent des constructeurs savants d'instruments astronomiques, des ingénieurs capables de construire tout type de machines, mais surtout des forgerons et serruriers qui s'adonnent à la fabrication d'horloges mécaniques.
Durant le XVIe siècle, ces artisans du métal s'organisent et forment des guildes pour réserver à leurs membres l'exclusivité de la fabrication horlogère.
Le phénomène corporatiste se poursuit durant le XVIIe siècle, jusqu'à la révocation de l'Édit de Nantes. Ce choix politique est un fléau pour l'horlogerie française. Une partie des horlogers appartenant à la communauté protestante fuit les persécutions et se réfugie en Suisse, dans des villes horlogères comme Neuchâtel, Le Locle, La Chaux-de-Fonds. L'activité horlogère suisse, renforcée par l'arrivée massive des artisans français, se développe dans ces villes frontalières.
Au cours du XVIIIe siècle, une industrie horlogère se développe dans la partie française du massif du Jura. Mais c'est le contexte révolutionnaire et le négociant suisse Laurent Mégevand qui implantent de toute pièce une industrie horlogère dans la capitale comtoise.
À cette époque, la France importe près de 120 000 montres par an. Mégevand, implanté au Locle et menacé d'expulsion pour sa participation aux troubles révolutionnaires, élabore un projet d'envergure : produire les montres françaises en France. Il s'attire le soutien de Condorcet, Mirabeau et Vergniaud, et reçoit officiellement l'appui de l'État français le 31 septembre 1790.
La ville de Besançon est choisie pour sa position sur le canal Rhin-Rhône, son emplacement sur la route de l'horlogerie entre Neuchâtel et Paris, sa proximité avec l'axe Genève-Bâle et avec la zone de production du Haut-Doubs. Emmanuelle Cournarie, historienne
Mégevand met en place une large campagne pour convaincre les horlogers suisses de suivre son projet en France. Près de 2 000 helvètes (femmes et enfants compris) s'installent à Besançon au début du XIXe siècle, reproduisant le modèle d'établissage suisse — une production éclatée autour d'une quarantaine de métiers spécialisés.
La Manufacture connaît rapidement des difficultés. Mégevand promettait 120 000 montres par an ; la production annuelle atteint à peine 15 000 unités. La faillite est prononcée en 1798. Pourtant, une large part des horlogers qui avaient suivi Mégevand reste sur le territoire et s'établit à son compte.
Cinquante ans plus tard, l'industrie bisontine produit à elle seule plus de 90 % des montres écoulées sur le marché français, consacrant Besançon comme la capitale française de l'horlogerie.
Maître Artisan Horloger, héritier de la tradition horlogère comtoise
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